Sommeil léger & Sommeil profond (fr & eng)

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Texte écrit pour deux expositions de Ludovic Beillard : Sommeil léger (à la galerie monCHERI à Bruxelles du 17.11.16 au 22.01.17) et Sommeil profond (à la galerie Palette Terre à Paris du 20.11.16 au 30.11.16).

http://ludovicbeillard.com/

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Ce qui nous fait face est une mythologie se lovant quelque part entre les figures clefs de l’imagerie contemporaine et l’archaïsme de nos peurs fondamentales. Le sommeil est toujours une mise en danger, une mort simulée tendant ses bras au repos salvateur et à l’avènement des spectres qui portent dans leurs ombres un fardeau de traumas. Le sommeil léger et le sommeil profond concernent tous deux la passivité du corps et la disponibilité de l’esprit aux plis d’images qui ne sont pas les siennes. Partout, tout le temps, les hommes et les femmes se réfugient dans la pesanteur insondable de l’obscurité à partir de laquelle ils pourront fantasmer le meilleur mais surtout le pire. Le cauchemar est exception, rare et recherché. On ne prédit que la catastrophe, et en même temps cette dernière nous surpasse toujours.

Dans un fragment célèbre, Aristote nous apprends que l’homme s’incline naturellement vers la représentation car cette dernière est source de plaisir, et qu’elle lui permet de regarder en biais monstres et cadavres lorsque leur vue de face est intolérable. Nous pensons qu’il s’agit plutôt de conserver encore au plus près de soi ce qu’il y a de plus horrible pour naïvement le dompter. L’horreur est dépendance, nous cauchemardons même sans sommeil, contemplons les flux de sang et de chair qui défilent sur nos rétines puis sous nos pupilles, nous désirons tous notre fin. Cette horreur est toujours non discursive, elle est toujours punchline, toujours autonome, pornographique, toujours liée à l’orifice que l’on crée ou que l’on désire remplir.

Il y a plusieurs siècles, on personnifiait le mal dans la figure de Gorgô, la femme dont les cheveux sont faits de serpents et dont le cri est celui d’un cheval prit de fureur. Elle est peur non d’un danger, mais peur primordiale, instinctive, qui nous saisit et nous déforme le visage même lorsqu’il n’y a rien à craindre. Elle est la peur hypnotique, celle qui vous fige comme un serpent fixe sa proie avant de fondre sur lui. Elle est admirable, désirable, car non connue, car résidant à la marge. La Gorgô est aussi un masque, celui que l’on revêt lorsque l’on va au champ de bataille, ou celui que l’on grave sur son bouclier. L’horreur et la peur sont alors autant le seul prédateur de l’homme que son plus intime allié. Elle est un trophée que l’on accroche autant qu’un vice que l’on enfante, elle est une image, elle est une mue, car fondamentalement humaine. Elle est l’image elle-même, et le pouvoir pétrifiant qu’elle exerce sur nous.

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Text written for both Ludovic Beillard’ shows : Sommeil léger (at monCHERI gallery, Brussels, 17.11.16-22.01.17) and Sommeil profond (at Palette Terre, Paris, 20.11.16-30.11.16)

http://ludovicbeillard.com/

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What faces us is a mythology coiling up somewhere between key figures of the contemporary imaging and the archaism of our fundamental fears. Sleep is always an endangerment, a simulated death  stretching out its arms to the saving rest and the spectres advent which carries in their shadows a burden of traumas. The light sleep and the sound sleep both concern the passivity  of the body and the availability of the mind in the folds of images which are not his.
Everywhere, all the time, men and women take refuge in the fathomless gravity of the darkness from which they can fantasize the best but especially the worst. The nightmare is exception, rare and sought after.  One can only predict the disaster, and at the same time it always surpasses us.

In a famous fragment, Aristotle teaches us that  man is naturally defeated towards the representation because it is source of pleasure, and it allows him to consider obliquely monsters and corpses when their front view is intolerable. We think that it is more a question close to oneself what is moreover horrible to naively tame it. Horror is dependance, we have nightmares even without sleep, contemplate the flows of blood and flesh that passes on our retinas then under our wards. We all wish our end. This horror is always non discursive, it is always punchline, always autonomous, pornographic, always binding to the orifice we create our desire.

Several centuries ago, we personified evil in the figure of Gorgô, the woman whose hair are made of snakes and whose scream is the one of a horse set in fury. It is fear not of a danger, but primordial fear, instinctive, which seizes us and deforms our faces even when there is nothing to be afraid of. It is the hypnotic fear, the one who congeals you like a snake fixing its prey before sweeping down on him. It is admirable, desirable, because  unknown, because on the fringe. The Gorgô  is also a mask, the one we put on when we go to the battlefield, or the one that we engrave on our shield. The horror and the fear are then as much the only predator to man as its most inmost ally. It is a trophy which we hang as much as a vice which we give birth to, it is an image, it is a metamorphosis, because fundamentally human.
It is the representation itself, and the petrifying power it exercises on us.

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